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Lettre à un ami américain, par Michel Barnier

LE MONDE | 09.11.04 | 16h37
Je vous écris en tant que citoyen d'un pays qui a aidé le vôtre à conquérir son indépendance, avant de trouver en lui un allié fidèle et un libérateur. Un pays, n'en déplaise aux adeptes du French bashing, qui fait partie des meilleurs alliés de l'Amérique - par son effort de défense, par son engagement à vos côtés en Afghanistan, par sa coopération exemplaire dans le combat contre le terrorisme. Car, de Yorktown aux plages de Normandie, des crises de Berlin ou de Cuba à notre engagement commun au Kosovo ou en Haïti, la France et les Etats-Unis ont constamment, côte à côte, lutté pour la démocratie et la liberté.

Je vous écris également en tant que simple ouvrier de l'unité de l'Europe, qui doit tant à votre grande nation : la libération de la tyrannie nazie, la contribution décisive du plan Marshall à la reconstruction de notre continent, la protection, des décennies durant, contre la menace soviétique, le soutien à l'émancipation de l'Europe centrale et orientale. Ce message est celui d'un ami de l'Amérique qui, comme tant d'Européens de sa génération, associe à ce nom la liberté, la démocratie, la promesse offerte à chacun de pouvoir améliorer sa condition.

Pour la première fois depuis longtemps, les Européens s'interrogent sur l'avenir des relations entre les deux rives de l'Atlantique. Il ne s'agit pas de discuter le statut de votre pays, sa vision ou l'idée qu'il se fait de sa destinée. Les Européens auraient mauvaise grâce à lui reprocher d'être fort et dynamique. Ils doutent, en revanche, du regard que les Etats-Unis portent sur l'Europe et sur le rôle qu'elle pourrait jouer auprès d'eux et dans le monde.

C'est dans cet esprit que je souhaite rappeler certains faits et proposer une ou deux idées pour les mois qui viennent.

Premier fait : nos relations politiques ne reflètent pas assez notre interdépendance économique. Rappelons-le : l'essentiel des investissements étrangers en Europe vient des Etats-Unis, et inversement. L'essentiel des profits réalisés à l'étranger par les entreprises européennes l'est aux Etats-Unis, et réciproquement. Et tout cela, en Amérique comme en Europe, crée et entretient des millions d'emplois.

Certes, il est beaucoup question, aujourd'hui, de la croissance des économies asiatiques et des perspectives offertes par le marché chinois. C'est bien normal, à condition de garder le sens des proportions : en 2003, les entreprises américaines ont investi dans toute l'Asie à peine plus que dans la seule économie néerlandaise. Et cette même année, les entreprises de mon pays ont investi 5 milliards de dollars aux Etats-Unis.

Oui, nous sommes dépendants les uns des autres. Oui, la croissance américaine tire la croissance européenne. Oui, chaque jour, lorsque l'économie américaine doit financer son important déficit de la balance des paiements, elle trouve du crédit auprès des investisseurs européens. Alors, posons-nous la question : notre dialogue politique est-il à la hauteur de notre interdépendance économique ?

Le deuxième fait est que l'Union européenne approche de sa maturité institutionnelle. Depuis le traité de Maastricht, elle se cherchait une organisation adaptée à ses nouvelles missions et à sa nouvelle dimension géographique. Ce sera chose faite avec la Constitution européenne, qui doit désormais être approuvée par les peuples de l'Union.

Que pouvons-nous maintenant espérer de l'Amérique, sinon, selon les mots mêmes de John Fitzgerald Kennedy, un partenariat mutuellement bénéfique entre la nouvelle Union de l'Europe et la vieille Union américaine ? Nous entendons parfois que la destinée des Etats-Unis dans le monde est d'y promouvoir la démocratie. Alors, soutenez la construction d'une Europe plus forte et plus unie. Car l'UE attire à elle, et vers ses valeurs démocratiques, un nombre grandissant des pays qui l'entourent.

Un dernier fait : aux heures sombres traversées par votre pays en 2001, vous avez pu compter sur la totale solidarité de l'UE et de ses Etats membres. Nous avons adopté des mesures concrètes contre le terrorisme. Beaucoup de soldats européens, dont nombre de Français et d'Allemands, se sont engagés en Afghanistan à vos côtés - et ils y sont toujours. La lutte contre le terrorisme ne fait pas peur à des nations comme les nôtres, qui, depuis des décennies, éprouvent sur leur territoire, et au prix de combien de vies humaines, l'horreur de ces actes criminels.

Nous avons tant à faire ensemble. Pour promouvoir la démocratie, la justice et le développement. Pour lutter contre le terrorisme, pour s'opposer à la dissémination des armes de destruction massive. Pour contenir les guerres, pour apporter la paix et agir ainsi sur les racines mêmes du terrorisme.

Au Proche-Orient d'abord, pour sortir le conflit israélo-palestinien de l'impasse. Aujourd'hui, par ses enjeux, par son retentissement mondial, il importe plus qu'un autre. Il est à la source d'autres conflits et, plus grave, sert souvent de prétexte aux terrorismes de tous bords, partout dans le monde. Ne le laissons pas sans solution et le Proche-Orient sans avenir. Reprenons la "feuille de route" et le chemin qu'elle trace vers la paix. Réactivons le Quartet. Soyons prêts à accompagner tout effort en ce sens, y compris par une présence internationale sur le terrain. L'UE pourra faire peu de choses sans vous. Vous pourrez certainement faire plus avec nous. La paix au Proche-Orient n'est possible qu'avec l'engagement commun et déterminé des Etats-Unis et de l'UE, qui devront assumer ensemble cette responsabilité historique.

L'Afrique, ensuite, doit nous mobiliser. Plus que toute autre sans doute, cette "nouvelle frontière" que constitue aujourd'hui le continent africain est aussi une frontière commune. A la fois le plus jeune et le plus pauvre, ce continent concentre toutes les menaces, mais aussi tous les enjeux de notre monde contemporain - croissance, sécurité, santé, environnement et gestion de l'espace. Seules des actions complémentaires et coordonnées nous permettront de répondre à ces défis, qu'il s'agisse de promouvoir un développement durable ou de réduire les foyers de conflits ou d'insécurité.

Et il y a beaucoup d'autres sujets, beaucoup d'autres régions qui devraient bénéficier de notre nouveau dialogue. Afin qu'il n'y ait pas de second Irak. Afin qu'il n'y ait plus de crise où le droit international soit aussi profondément mis en cause, dans sa légitimité et son utilité même.

Nous avons des intérêts communs et des valeurs en partage : réapprenons à forger des ambitions communes. Voilà pourquoi je crois qu'il faut donner aux relations politiques transatlantiques un nouvel élan qui tienne mieux compte du fait européen.

C'est le cas, maintenant, en matière de défense. L'UE devient en ce domaine un partenaire crédible, sur le triple plan de ses capacités opérationnelles, de ses compétences, que la Constitution européenne va accroître, et de son engagement sur le terrain. Le mois prochain, en Bosnie, elle prendra la relève de l'OTAN. La coopération fonctionne, les complémentarités s'affirment, dans l'intérêt de tous et de l'Alliance atlantique en particulier.

En matière commerciale aussi, la coopération euro-américaine fonctionne mieux que par le passé. Nos différends, car il y en a, bien sûr, se traitent de plus en plus par le dialogue et la concertation. Et, si nécessaire, dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), où l'UE et les Etats-Unis font valoir leurs positions dans le respect de règles internationales agréées par tous.

Mais on voit bien que, sur le plan politique, le dialogue entre l'UE et les Etats-Unis n'est ni suffisant ni suffisamment régulier. Comment lui donner une plus grande intensité, adaptée à ce que sont devenus les Etats-Unis et l'UE ? Je propose de réunir, dès maintenant, un groupe de haut niveau, composé de personnalités indépendantes et reconnues de part et d'autre de l'Atlantique, pour travailler à ce projet politique.

L'Amérique a besoin d'une Europe capable et responsable. Et l'Europe a besoin d'une Amérique forte et engagée dans les affaires du monde, acquise au multilatéralisme qu'elle a contribué à faire naître avec l'organisation des Nations unies, convaincue que le monde a besoin de règles, et de règles qui vaillent pour tous.

Dans l'histoire du XXe siècle, l'entente transatlantique a été une condition essentielle de la paix mondiale. Aujourd'hui, dans un monde devenu plus instable, plus dangereux, confronté à des défis considérables, l'alliance politique de la vieille Union américaine et de la nouvelle Union européenne ne suffira pas à garantir un avenir meilleur. Mais, sans elle, il a peu de chances de voir le jour.

Une version courte de ce texte a été publiée par le Wall Street Journal.

Michel Barnier est ministre des affaires étrangères.

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.11.04
Ecrit par Angward, à 18:59 dans la rubrique "France et consoeur".

Commentaires :

  Anonyme
10-08-05
à 20:17

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